Information quantique

Par rapport à notre expérience de tous les jours, le monde quantique – le monde du très petit, des atomes et des particules élémentaires – est incroyablement bizarre. Une seule particule peut, par exemple, se comporter comme si elle était à plus d'un endroit au même moment. Aussi, notre notion de ce qui est distinct et de ce qui ne l'est pas ne tient pas la route dans le monde quantique : les particules peuvent être à des kilomètres les unes des autres et se comporter quand même comme une seule entité.

Aussi étrange que cela puisse paraître, il y a peu de doute que c'est la façon dont fonctionne le monde quantique, comme l'ont démontré des centaines d'expériences et plusieurs applications technologiques éprouvées : par exemple, le transistor (la base d'une grande partie des applications de la technologie informatique actuelle), le laser (la base des réseaux de communication par fibre optique d'aujourd'hui et de plusieurs autres technologies), les dispositifs d'IRM (imagerie par résonance magnétique) cruciaux à la médecine moderne, les interféromètres quantiques supraconducteurs (en anglais « Superconducting Quantum Interference Devices » ou SQUID), utilisés pour chercher de nouveaux gisements de pétrole ou pour examiner l'activité magnétique dans le cerveau et bien plus encore.

À l'heure actuelle, les physiciens travaillent sur une toute nouvelle application quantique. Le but est d'exploiter l'étrangeté quantique pour développer de nouvelles technologies qui nous permettront de passer de l'ère de l'information à l'ère de l'information quantique. Cela a déjà donné comme résultat la cryptographie quantique, la forme la plus sécuritaire possible de transmission des messages secrets. On espère qu'un jour elle permette la réalisation pratique d'un nouveau type d'ordinateur, un ordinateur quantique, capable de résoudre certains types de problèmes beaucoup plus rapidement qu'un ordinateur standard.

La cryptographie quantique

Nos sujets de recherche
 

Notre monde actuel utilise une multitude de techniques de la cryptographie, la science et la technologie de la création, de la transmission et du déchiffrage des messages secrets.

En cryptographie standard, l'expéditeur d'un message secret (Alice) utilise une clé pour chiffrer ou encrypter le message tandis que le destinataire (Bob) utilise la même clé pour déchiffrer ou décrypter le message. La sécurité absolue repose dans le fait que seuls Alice et Bob connaissent la clé et qu'ils n'utiliseront la clé qu'une seule fois. Dans le domaine de la cryptographie quantique, il est possible de distribuer des clés de chiffres aléatoires à Alice et à Bob de sorte à garantir que, grâce à ce procédé de cryptographie quantique, toute tentative d'écoute électronique sera détectée. Cette garantie est le résultat de la nature quantique capricieuse de notre univers et permet de prévenir l'écoute électronique la plus avancée et basée sur la technologie la plus raffinée.

Les techniques de cryptographie quantique utilisent l'une ou les deux propriétés importantes du monde quantique. La première est que les systèmes quantiques, tels que les photons (particules de lumière), sont très délicats et peuvent donc être facilement perturbés par toute tentative de les mesurer, tandis que l'écoute comporte nécessairement une forme de mesure. La deuxième est qu'il est possible d'intriquer (voir structures quantiques) une paire de systèmes quantiques, tels que deux photons, de sorte qu'ils se comportent, en plusieurs aspects, comme un seul système même s'ils sont séparés de plusieurs kilomètres : effectuer une mesure sur l'une des paires de photons aura un effet sur l'autre. Il est possible d'envoyer de telles paires de photons intriquées à Alice et Bob, qui en suivant une certaine recette pour mesurer leurs photons, seront capables de générer une clé chiffrée aléatoire secrète, qu'ils pourront ensuite utiliser pour envoyer leur message, même par un canal de communication public, sans douter de leur sécurité absolue.

Il existe actuellement plusieurs applications commerciales de pareils systèmes de cryptographie quantique, fonctionnant sur des distances de plusieurs kilomètres. L'un des nombreux domaines de recherche captivants est le développement des liens de cryptographie quantique dans l'espace libre, capables de fonctionner entre les stations terrestres et les satellites, ce qui permettrait d'obtenir un réseau de communication quantique entièrement sécurisé.

Les ordinateurs quantiques



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La cryptographie quantique dans l'espace libre pour les liaisons d'information quantique entre la Terre et les satellites, vue par un artiste.© ESA


 

Toute l'information traitée par un ordinateur (comme celui que vous utilisez actuellement) est traitée sous forme de bits – des unités élémentaires d'information qui peuvent être à l'un des deux états. Ces états sont généralement appelés 0 et 1. Toute l'information sur votre ordinateur est stockée de manière codée sous forme de longues séquences de zéros et de uns. Par exemple, une séquence de trois bits permet de stocker huit combinaisons différentes et peut donc représenter huit numéros (lettres, villes, etc.) différents : 000=0, 001=1, 010=2, 011=3, 100=4, 101=5, 110=6 et 111=7.

Dans un ordinateur quantique, la situation est fondamentalement plus riche. Pour pouvoir, l'expliquer nous devons reconnaître que tout appareil informatique stocke l'information non pas de manière abstraite, mais plutôt sous une forme physique concrète : par exemple, l'emplacement des billes sur un abaque, le courant électrique passant par un transistor dans un ordinateur standard ou les impulsions électriques se déplaçant le long des neutrons dans votre cerveau. Dans un ordinateur traditionnel, l'état 0 peut être perçu comme le transistor en état « d'arrêt » (hors tension) et l'état 1 comme l'état de « marche » (sous tension). L'information est donc physique et, en tant que tel, son traitement est sujet aux lois de la physique.

Les ordinateurs standards sont en effet basés sur les lois de la physique quantique. Les transistors sont des dispositifs quantiques, mais ils sont généralement trop grands pour être en mesure d'exploiter le plein potentiel de l'étrangeté quantique qui se manifeste à l'échelle des atomes et des particules subatomiques. Cependant, la technologie d'aujourd'hui est tellement avancée que nous sommes en mesure de construire et de manipuler des dispositifs à l'échelle atomique. Cela veut dire que nous avons le potentiel pour créer des ordinateurs qui stockent et traitent l'information d'une manière entièrement quantique.

Par exemple, un électron est un « dispositif » purement quantique remarquable qui se comporte en quelque sorte comme un petit aimant droit en rotation perpétuelle. Placé dans le champ d'un autre aimant, il comporte deux états naturels : aligné ou opposé au champ. Nous appelons ces deux états surgyration et dégyration. Ainsi, l'électron peut être utilisé pour stocker un bit d'information, par exemple dégyration = 0 et surgyration = 1.

Jusqu'à cette étape, le système fonctionne de la même façon qu'un ordinateur ordinaire, sauf que l'information est stockée dans un espace incroyablement petit. Il peut s'agir, par exemple, des électrons dans les atomes, ainsi chaque bit d'information occupe le même espace qu'un atome qui est beaucoup plus petit que les médias de stockage traditionnels tels que le disque dur de votre ordinateur.

Passons donc à la « magie » quantique. Nous avons déjà montré que l'une des caractéristiques bizarres du monde quantique est qu'une seule particule peut se comporter comme si elle était à plus d'un endroit au même moment. Cela est une propriété générale du monde quantique – les choses qui peuvent exister simultanément en plusieurs états – appelée le principe de superposition (voir structures quantiques). Dans le cas de l'électron, il peut exister à la fois dans les états de surgyration et de dégyration simultanément. En d'autres mots, plutôt que de présenter l'état 0 ou 1, il peut présenter les états 0 et 1 simultanément.

En quoi cela peut-il nous aider? Si nous avons, par exemple, trois « bits quantiques » ou « qubits », plutôt que de présenter uniquement les états 000 ou 001 ou 010, etc. (les huit possibilités indiquées ci-dessus), ils peuvent, dans un certain sens, être dans tous ces états simultanément. Il est alors possible de manipuler ces qubits, à l'aide des lois de la physique quantique, de manière à effectuer des calculs multiples simultanément : un ordinateur quantique parallèle. Ce parallélisme quantique a comme résultat une puissance de calcul qui croît de manière exponentielle, doublant avec chaque qubit supplémentaire. Ajouter 1 qubit augmente la puissance du calcul par un facteur de 2. Ajouter 2 qubits l'augmente de 4. Ajouter 3 qubits l'augmente de 8, et ainsi de suite. Avec à peine une centaine de qubits, la puissance de calcul brute dépasserait de loin tout ce que nous pourrions espérer atteindre en utilisant un ordinateur traditionnel.

Cependant, il faut savoir comment ces qubits sont « manipulés », ce qui représente l'analogie quantique d'un programme informatique traditionnel et qui dit à l'ordinateur quel type de calcul effectuer. Nous sommes actuellement en mesure de demander à un ordinateur quantique de résoudre plusieurs types de problèmes, bien que ces problèmes soient certainement d'une très grande importance pratique. L'un de ces problèmes consiste à savoir présenter un très grand nombre donné comme le produit de nombres premiers. Il est au cœur de l'une des méthodes de chiffrement les plus utilisées. Grâce à un ordinateur quantique fonctionnant, nous pourrions facilement déchiffrer les messages circulant sur l'Internet entre les banques, les gouvernements et ainsi de suite. (Cependant, même un ordinateur quantique ne peut être utilisé pour faire de la surveillance électronique lorsque le procédé de cryptographie quantique, discuté ci-dessus, est employé!) Les physiciens et les mathématiciens théoriques travaillent actuellement avec acharnement à ce que les types de problèmes que l'ordinateur quantique pourrait résoudre soient plus nombreux.

Il existe aussi un nombre de défis expérimentaux dont le plus important est, comme nous l'avons montré au cours de notre discussion de la cryptographie quantique, que l'information quantique, stockée en superposition dans des états intriqués, est très délicate, et peut facilement être détruite par des influences extérieures. Dans l'idéal, un ordinateur quantique doit être parfaitement isolé de son environnement pendant qu'il effectue des calculs quantiques parallèles. Bien entendu, en pratique, cela n'est pas possible, ce qui produit des erreurs de calcul aléatoires. Néanmoins, les physiciens et les informaticiens ont utilisé la théorie classique de la correction d'erreur tolérante aux pannes (nécessaire pour stabiliser les calculs traditionnels, effectués dans des environnements instables ou fonctionnant pendant de très longues périodes de temps), pour développer un ensemble de techniques qui nous permettra de protéger l'information quantique des erreurs réelles. Ces techniques requièrent un bon contrôle (qui n'est cependant pas parfait) d'un système quantique et les physiciens et les ingénieurs expérimentaux du monde entier travaillent actuellement à développer des ordinateurs quantiques qui seraient suffisamment robustes pour fonctionner dans le monde réel.

Les ordinateurs quantiques sont actuellement un concept plutôt théorique, bien que de très simples versions expérimentales aient déjà été construites. Une fois que les physiciens expérimentaux auront réussi à bâtir de grands ordinateurs quantiques, nous devrions être en mesure d'exploiter l'étrangeté du monde quantique afin d'effectuer, en quelques secondes, certains types de calculs qui prendraient des milliers d'années à un ordinateur standard.

De tels efforts visant à exploiter le monde quantique pour créer des technologies puissantes et pratiques, amènent les physiciens à réfléchir davantage sur la façon dont l'univers fonctionne, les fondements de la théorie quantique, qui pourraient nous aider à résoudre le problème le plus important : combiner la théorie quantique avec la théorie de la relativité en une seule théorie unifiée de la gravité quantique.

Pour en apprendre davantage sur les études de l'information quantique à l'Institut Perimeter et ses chercheurs, veuillez cliquer ici

 
 

Ressources de l'IP

Conférences publiques
La sélection ci-dessous comprend les présentations multimédias de l'IP données par des scientifiques de pointe et particulièrement pertinentes à l'information quantique. Cliquez sur le lien pour obtenir une description complète de chaque conférence et choisir le format d'affichage qui vous convient.

À l'attention des professeurs et des étudiants
Les conférences ci-dessous ont été présentées aux jeunes et aux éducateurs par des chercheurs de l'IP et des scientifiques invités lors des activités SEIJP, EinsteinPlus et autres de l'IP.

Ressources externes recommandées

  • Quantum computing – article sur le site Web de l'IQC (débutant).
  • Brown, Julian.  Minds, Machines, and the Multiverse:  The Quest for the Quantum Computer.  Simon & Schuster, 2000.
  • Deutsch, David.  L'étoffe de la réalité: la science des univers parallèles et ses conséquences.  Penguin Books, 1997.  (débutant)
  • Milburn, Gerard.  Schrodinger's Machines:  The Quantum Technology Reshaping Everyday Life.  W H Freeman & Co, 1997.  (débutant). 
  • Mosca, M., Jozsa, R., Steane, A., and Ekert, A.  Quantum-Enhanced Information Processing.  Visions of the Future:  Physics and Electronics.  Editor J.M. Thompson.  Cambridge University Press, 2001.
  • Nielson, Michael.  Rules for a Complex Quantum World.  Scientific American, Novembre 2002.


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L'information binaire (0 ou 1) peut être stockée dans l'état physique d'un électron (dégyration et surgyration)




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Trois qubits peuvent se trouver dans une superposition quantique de plusieurs états simultanément, dans ce cas-ci 011, 100 et 101.




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La téléportation quantique permet aux physiciens de transporter de l'information quantique depuis une partie d'un ordinateur quantique vers une autre partie [détails]




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La capacité de distribuer des paires de particules intriquées [détails]
© Université de Vienne, photo de Robin Riegler. 



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En présence d'un champ magnétique puissant, certains noyaux atomiques peuvent se trouver dans l'un des deux états possibles [détails]
Figure offerte gracieusement par l'IQC.


 

  
  
 
 
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